LE GUATEMALA : UN BATEAU À LA DÉRIVE

La Commission contre l’impunité et la corruption au Guatemala (CICIG) a dévoilé d’importants cas de corruption dans le pays, dont ceux de quatre anciens présidents et a ciblé Jimmy Morales pour financement électoral illégal. Au cours de la période 2014-2018, la CICIG et le ministère public ont pu démanteler 178 structures criminelles.

IMAGEN 2.pngDans des organisations telles que « La Línea », « Redes », « Traficantes de Influencias » et « Aceros de Guatemala », des responsables du SAT s’organisaient avec des fonctionnaires proches d’acteurs économiques corrompus afin d’obtenir des avantages personnels. De même, l’affaire « Chico Dólar » a dévoilé le trafic d’influence entre l’ancien président de la Banque du Guatemala et la Commission du crime, ce qui a bénéficié aux membres d’une structure criminelle travaillant au blanchiment de l’argent du trafic de drogue.

Il y a aussi « l’industrie militaire » : 5 officiers ont été arrêtés car ils avaient détourné plus de 3 millions de dollars en vendant illégalement du matériel militaire au cours des années 2008-2011.

Dans le cas du « Transurbain », les dirigeants de la campagne présidentielle de Manuel Baldizón ont détourné plus de 10 millions de dollars du budget attribué à la sécurité du transport public afin de financer la campagne électorale.

En 2015, la CICIG et le ministère public ont démantelé l’affaire La Línea : un réseau de fraude douanière, pour plusieurs millions de dollars et dirigé par l’ancien président Otto Pérez Molina et l’ancienne vice-présidente Roxana Baldetti. Ils ont démissionné et sont actuellement emprisonnés.

Cette affaire avait provoqué des manifestations massives appelant à la démission du président et de la vice-présidente. Elle a démissionné le 8 mai 2015 et il l’a fait le 2 septembre de la même année.

IMAGEN 3.pngLe 20 mai 2015, la CICIG et le ministère public ont rendu publique une nouvelle affaire de corruption, cette fois à l’Institut guatémaltèque de sécurité sociale (IGSS). En 2014, les membres du conseil d’administration avaient accordé des services de dialyse péritonéale à une pharmacie appelée PISA (S.A) en échange d’une commission de 16% du montant total du contrat, soit 15,5 millions de dollars. Le PISA ne disposant pas d’infrastructure adéquate pour le traitement, des douzaines de patients ont été victimes de péritonite et plus de dix sont étaient décédés. Au total, 17 membres du réseau frauduleux ont été emprisonnés.

Cette affaire a été suivie d’une autre, connue sous le nom d’affaire Redes, une affaire de corruption découverte le 9 juillet 2015 impliquant les sociétés énergétiques Jaguar Energy et Zeta Gas ainsi que d’anciens fonctionnaires de l’ancien président Otto Pérez Molina.

César Augusto Medina Farfán, ancien secrétaire général du président, a été directement impliqué dans deux affaires de corruption : dans la première, il s’était entendu en 2014 avec le chef de la SAT afin d’autoriser Zeta Gas à exploiter un bâtiment douanier rattaché à Puerto El Quetzal. L’objectif était d’entreposer du gaz sous la qualification d’importations afin de ne payer que 650.000 $ au lieu de 5 millions de dollars. Pour cette transaction, Medina avait perçu 120.000 $.  Elle a été accusée de crimes d’association illicite, de corruption active, de trafic d’influence et de mensonge idéologique.

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Dans le second cas, Medina Farfán s’est entendue avec son ami, Gustavo Martínez Luna, gendre du président et secrétaire général de la présidence, pour inscrire à l’ordre du jour du président Pérez Molina, une réunion avec les dirigeants de la société Jaguar Energy pour discuter des problèmes de la société. La rencontre avec le président a eu lieu et a été décisive pour résoudre les problèmes de l’entreprise. Pour cette aide, Medina Farfán avait reçu 120 000 $. Elle a donc été accusée d’association illicite, de corruption active, de trafic d’influence et de mensonge idéologique, et Martínez, d’association illicite et de trafic d’influence.

Mi-janvier 2017, Sammy Morales et José Manuel Morales, frère et fils du président Jimmy Morales, ont été emprisonnés et impliqués dans l’affaire Botín Registro de la Propiedad. Le ministère public et la CICIG ont découvert qu’entre le 5 novembre et le 9 décembre 2013, il y a eu trois événements au cours desquels un total de 35.826 $ ont été soustraits des caisses de l’État soi-disant pour des dotations alimentaires et la livraison de paniers de Noël aux employés d’une institution publique mais qui n’ont jamais été effectués.

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Vers la fin avril 2018, à la veille du décès inattendu d’Álvaro Arzú Irigoyen, maire de Guatemala City, un affrontement entre les conservateurs et les partisans de la lutte contre l’impunité et la corruption semblait imminent au niveau national. Mais sa mort a interrompu cette crise car on pensait que son décès mettrait fin à l’influence des conservateurs et à ce qu’on avait appelé « pacte de corruption » dont il était l’instigateur.

Mais cette interruption n’a été que momentanée, elle prit fin suite au discours du président Morales adressé à ses partisans, locataires du marché de La Terminal. Dans ce discours, le président exprimait sa colère contre la CICIG et son chef, Iván Velásquez.

Dans le camp opposé, le mandat de Thelma Aldana en tant que procureur général et chef du ministère public touchait à sa fin. Mais le grand allié de Velásquez n’a pas voulu se défiler : le 15 mai il a publié avec le commissaire, un nouveau décret concernant l’enquête sur le financement électoral illicite du parti au pouvoir, le FCN-Nación et qui devait favoriser le président Morales.

La plus forte trahison du gouvernement a été le message envoyé à Israël : d’une manière la plus honteuse de soumission à la politique dominante à Washington, le gouvernement guatémaltèque a concrétisé le 16 mai, le transfert de son ambassade de Tel Aviv à Jérusalem.

Le jeudi 24 août 2017, le CICG et le ministère public ont tenu une conférence de presse pour informer qu’une procédure pénale contre les partis de l’UNE et du Líder avait été ouverte. Il y avait également des demandes de procédure préliminaires envers les secrétaires généraux de ces groupes politiques pour financement électoral illégal.

IMAGEN 6.pngCe jour-là, alors que Jimmy Morales se trouvait au siège de l’ONU et que la rumeur disait qu’il demanderait le renvoi d’Iván Velásquez, le député n’a rien dit de l’affaire contre FCN Nación. Mais le lendemain, il a intenté un procès contre le parti officiel et un procès préliminaire contre le président, secrétaire général du parti.

Le dimanche 27 août 2017, à 6 heures du matin, les Guatémaltèques sont réveillés par l’annonce du président : il déclarait le commissaire persona non grata et annonçait son expulsion. Mais celle-ci a été annulée par la décision de la Cour constitutionnelle.

Le vendredi 31 août 2018, lors d’une conférence de presse tenue au Palais de la Nation de la Culture, le Président Jimmy Morales a annoncé qu’il avait officiellement informé le Secrétaire Général des Nations Unies du non-renouvellement du mandat de la CICIG. Or le mandat de la CICIG n prend fin que le 3 septembre 2019.

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Le samedi 1er septembre, le commissaire Iván Velásquez part pour Washington pour un programme de travail. Le mardi 4 septembre, le président Morales annonce qu’il a ordonné aux responsables de l’immigration d’empêcher son retour au pays et qu’il a donné 48 heures au secrétaire général des Nations unies pour présenter une liste de suppléants possibles pour le commissaire.

Dimanche 16 septembre, les magistrats de la Cour constitutionnelle ordonnent au pouvoir exécutif d’autoriser le commissaire Velásquez à rentrer au pays. Le lendemain, le ministre de l’Intérieur annonce que le Commissaire ne serait pas autorisé à entrer dans le pays, malgré la décision de la Cour constitutionnelle.

Mercredi 19 septembre, dans une lettre adressée au Président Morales, le Secrétaire général de l’ONU a répondu qu’il n’avait aucune raison de retirer sa confiance à Iván Velásquez et qu’il lui avait demandé de continuer à diriger la CICIG de l’extérieur et de nommer un sous-commissaire adjoint pour travailler de l’intérieur.

Le jeudi 20 septembre, des milliers de Guatémaltèques défilent à Guatemala City pour exiger la démission du président Jimmy Morales et exprimer leur soutien à la CICIG. Des manifestations similaires ont eu lieu dans la plupart des capitales départementales du pays.

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Le lundi 15 octobre, la CICIG a reçu deux notes du ministère des Affaires étrangères l’informant que les visas de courtoisie de trois fonctionnaires sont révoqués et que la délivrance de visas à huit fonctionnaires et deux de leurs proches est également refusée sans en indiquer les raisons. Ces fonctionnaires avaient été à l’avant-garde des enquêtes sur les affaires de corruption les plus graves.

Le mardi 25 septembre, Jimmy Morales s’est adressé à la 73ème Assemblée de l’ONU où il a déclaré que la CICIG était une menace pour la paix au Guatemala. Il a également dénoncé l’indifférence et la passivité du Secrétaire général de l’ONU au sujet des préoccupations qu’il avait exprimées à propos de la Commission. Il demande la nomination conjointe d’un nouveau commissaire.

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Mercredi 3 octobre, Jimmy Morales, dans une interview accordée à une station de radio guatémaltèque, a déclaré que son gouvernement, conjointement avec le Secrétaire général des Nations Unies, cherchait déjà le remplaçant d’Iván Velásquez. Cependant, Florencia Soto, porte-parole de Guterres, a démenti cette information face à la CNN en affirmant qu’Iván Velásquez était toujours commissaire du CICIG et que l’on cherche un commissaire adjoint.

Le 15 octobre, la CICIG a reçu deux notes datées du 11 octobre du ministère des Affaires étrangères l’informant que les visas de courtoisie actuellement accordés à trois fonctionnaires de la Commission sont révoqués et que la délivrance de visas à huit fonctionnaires et à deux membres de leur famille est en cours d’annulation sans leur en indiquer la raison. Ces fonctionnaires avaient joué un rôle de premier plan dans les enquêtes sur les affaires de corruption les plus graves du pays.

Le jeudi 18 octobre 2018, l’assemblée plénière du Congrès a approuvé les réformes du Code pénal qui parlent de financement électoral illicite. Elles dégagent la responsabilité directe du secrétaire général des partis politiques pour contributions illicites et non déclarées. Ces réformes ont profité directement au Président Jimmy Morales et à des députés comme Orlando Blanco, Nineth Montenegro et Roberto Villate, qui ont fait l’objet d’une demande de mise en accusation pour financement électoral illégal.

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